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Semaines 10-11 – Décisions… Décisions…

Ainsi donc, nous avons débuté la partie pratique de la formation. Maintenant, après un bref meeting au cours duquel notre chargé de projet nous fait part des objectifs de la journée ainsi que du numéro du camion et de la remorque avec lesquels nous travaillerons cette journée-là, on ramasse la paperasse à la répartition et on s’habille chaudement. Une fois dehors, on identifie ou se trouve notre camion et notre remorque et on débute la VAD. Hein ? De kessé ? C’est quoi ça une VAD. Il s’agit de la vérification avant départ. Il s’agit d’une vérification obligatoire que les camionneurs doivent effectuer avant de prendre la route avec leurs camions. On s’assure ainsi que notre camion est sécuritaire et conforme au règlement de la SAAQ afin que nous puissions prendre la route en sécurité. Sécurité pour le camionneur mais également pour les autres utilisateurs des réseaux routiers nord-américains. VAD du camion terminée ? Parfait, c’est maintenant le temps d’aller atteler la remorque et de procéder à la VAD sur celle-ci. Finalement, on fera un tour « propre » pour s’assurer du fonctionnement que nos clignotants, lumières de frein et nos phares fonctionnent correctement avant de finalement pouvoir prendre la route. En ce moment, il nous faut un peu plus d’une heure pour accomplir ces tâches. En pratiquant à tous les jours, nous parviendrons à diminuer notre temps d’exécution de plus de 50% ce qui veut dire, qu’on va éventuellement passer moins de temps à virer autour de nos camions et plus de temps sur la route !!! J’ai-tu hâte moi-là ?

Parlant de route… On a récemment eu une présentation du responsable des stages. On doit donc commencer à penser à ce qu’on veut faire plus tard comme camionneur car idéalement, il faut essayer d’aller faire notre stage dans la compagnie pour laquelle on aimerait ensuite aller travailler. Avant la présentation, j’avais déjà une idée de ce que je voulais faire plus tard. Cette idée était fondée sur mes connaissances limitées du monde du transport routier. Je ne suis pas plus un expert qu’il y a une semaine mais j’ai décidé de regarder le stage et tout ce qui suivra par la suite sous un angle nouveau. Dans le fond, quand j’ai décidé de réorienter ma carrière, j’avais déjà commencé à modifier ma perspective vis-à-vis la façon dont je veux vivre les 20 prochaines années alors pourquoi ne pas poursuivre ma réflexion sous cette nouvelle philosophie ? Les quarante quelques premières années ont souvent été vécues en ne voulant pas trop remettre en question les bases établies afin de ne pas faire de peine à personne. Mais moi, là-dedans ? Bien entendu, je ne suis pas un saint martyr non plus. J’ai d’ailleurs d’avoir une femme et des enfants des plus compréhensifs qui m’accompagnent dans mes moments de lucidité et restent à mes côtés dans mes moments de folie passagère à long terme !

La question est donc celle-ci : Kessé que tu veux faire au cours des prochaines années el gros ? En ce moment, je ne saurais le dire précisément quoi que je vois lentement mes idées prendre forme et me guider vers mon but. Une chose est sûre. Le nid familial est appelé à changer dramatiquement au cours des 2-3 prochaines années. Les enfants vont tranquillement trouver leurs voies et quitteront un à un le domicile familial. D’autres l’ont fait avant eux et ils ont survécu alors je ne vois pas pourquoi les miens ne réussiraient pas à faire de même. On a battu la trail pour eux pendant un bon moment, c’est maintenant à eux d’explorer la grande jungle de la vie. Ensuite, il faudra que je m’assoie avec ma douce pour voir comment on va gérer mes absences. Parce que être camionneur, c’est être souvent absent de la maison. Pis ça c’est loin d’être toujours évident pour celle qui reste derrière. Bien sûr, dans un monde idéal, ma blonde suivrait avec moi dans le camion. Malheureusement, l’industrie et surtout les compagnies d’assurance ne privilégie pas cette situation ce qui fait qu’à moins de posséder mon propre camion, ce sera peu probable qu’elle m’accompagne sur la route. C’est dommage pour elle car j’aurais adoré partagé les beaux paysages et les belles rencontres que je vais vivre au cours des prochaines années avec elle. Mais en même temps, ce n’est pas dramatique non plus. Va juste falloir se parler et partager nos attentes afin que nous nous sentions tous les deux bien dans ce que nous allons vivre loin l’un de l’autre.
Une fois que nous aurons discuté de nos attentes, viendra le temps de vraiment identifier le type de transport que je voudrais effectuer et qui permettra de rejoindre nos attentes respectives et finalement, d’identifier quelques compagnies qui évoluent dans ce segment du transport routier. La période des Fêtes me donnera l’occasion de bien réfléchir à tout ça et d’en discuter avec ma conjointe. Au début de janvier 2014, je vais savoir exactement qu’est-ce que je recherche et je serai alors en mesure d’identifier les 2-3 compagnies qui feront partie de la dernière étape de mon processus de sélection. Des recherches sur internet et une rencontre avec le responsable des stages devraient me permettre de murir ma réflexion avant que j’effectue ma demande officielle auprès de la compagnie que j’aurai identifiée.

Même si c’est relativement plus tranquille en transport au Québec depuis l’arrivée du PQ à la tête de la province, de la job il y en a encore en masse. Par contre, ce n’est pas parce qu’il y a des postes disponibles qu’il faut appliquer un peu partout sans avoir pris la peine de réfléchir à ce que nous voulons faire comme travail. C’est bien beau s’asseoir derrière un volant et peser sur un pédale d’embrayage mais ça ne représente qu’une infime partie d’une longue journée de travail alors je crois que c’est la moindre des chose que de prendre le temps d’établir ce que nous voulons faire et dans quelles conditions nous sommes prêt à le faire. Bien sûr, cette réflexion est figée dans le temps. Elle correspond à mes attentes et mes aspirations en ce moment précis de ma vie. Peut-être qu’elles demeureront les mêmes jusqu’à ma retraite mais il est fort possible – je dirais même souhaitable – qu’elles évoluent au fil du temps. Faudra donc actualiser tout ça de temps à autre et si cela s’avère nécessaire, s’assurer de satisfaire les nouvelles exigences/attentes.

Semaines 8 et 9 – C’est fini !!! Ben enfin presque…

Je l’sais ce que vous allez me dire là…

C’est-tu fini ou ben c’est pas fini ton affaire ? Branche-toi chose !!!

Ben en fait, c’est la partie purement théorique qui est maintenant terminé. Bon il me reste un test demain soir – lundi 2 décembre – mais sinon, nous ne devrions plus nous retrouver en salle de cours d’ici la fin de notre formation. Maintenant, c’est autour et dans les camions que ça va se passer. Logbook, vérification avant départ, arrimage, remorque fermée, b-train, fardier, autoroute, routes principales, rues, ce sont toutes des réalités qui vont maintenant faire partie de notre quotidien à compter de mardi soir prochain.

Avec les conditions climatiques que Mère Nature nous a déjà servies, j’ai comme l’impression qu’on va en avoir pour notre argent. Pis honnêtement, c’est ben correct comme ça. J’ai hâte d’affronter les conditions hivernale difficiles. Ultimement, ça va faire de moi un meilleur camionneur. Ça va faire de moi un conducteur conscient des dangers de son nouveau métier et des gestes qu’il devra poser quotidiennement pour revenir sain et sauf à la maison et éviter de blesser et de tuer d’autres usagers de la route.

Puisque ça fait déjà un bon moment que j’ai décidé de réorienter ma carrière et que je me suis inscrit au CFTC, on aurait certainement pû me proposer de commencer mon cours à une autre période de l’année mais jamais je n’aurais accepté car je tenais à affronter mon premier hiver en compagnie de mes instructeurs. Certains dirons que je suis pissoux, moi je dis que je veux m,assurer d,avoir tous les outils qu’il me faut pour faire le travail qui m’attend même si j’aurai fort probablement l’opportunité de rouler à des milliers de kilomètres au sud du Québec. Ce n’est pas parce qu’on est loin de cette terre souverainiste qu’on ne rencontre pas son lot de tempête de neige. Pis moi, je tiens à être prêt pour affronter ces situations là quand elles vont se présenter.

Dans un autre ordre d’idée, on a perdu un “p’tit poussin” cette semaine. Un de nos collègue qui éprouvait des difficultés d’apprentissage a décidé de prendre un temps d’arrêt pour faire le point et voir comment il pourra mener à terme son projet d’apprentissage. Nous sommes plusieurs dans le groupe qui auraient aimé en faire plus pour lui donner une chance de comprendre toutes ces nouvelles notions et de faire les liens nécessaires avec lui pour retenir tout ça. Malheureusement, nous avons tous un horaire très chargé et c’était quasi impossible de trouver des plages horaires qui nous auraient permis de lui offrir notre aide.

C’est toujours un peu triste de devoir dire au revoir à un confrère qui en arrache. Cependant, dans le contexte actuel, c’était la meilleure chose à faire pour lui. Marcel, je te souhaite de trouver une manière de réussir cette formation et ultimement de réaliser ton rêve toi aussi. Peut-être que ton parcours devra être modifié afin de te donner le temps qu’il faut “pour que ça rentre” mais de grâce, ne baisse pas les bras. Tu es un gars talentueux. Il faut juste que tu trouves le bon moyen de cristalliser les connaissances au plus profond de toi-même. Du monde sans talent, ça n’existe pas. Il faut juste trouver la bonne combinaison pour débarrer leur talent et ça, je te le souhaite du plus profond de mon coeur. Lâche pas mon vieux !

Semaines 6 et 7 – On a tous besoin d’être accompagné et guidé

Je sais, je sais… Je suis encore un noob pis je connais rien dans le trucking pis vous avez complètement raison. J’ai à peine quelques centaines d’heures de formation théorique dans le domaine et tellement peu de formation pratique que ça ne vaut même pas la peine d’en parler. Mais malgré tout, j’apprécie au plus haut point mon cheminement à date. Faut dire que notre chargé de projet nous présente la matière d’une manière qui nous permet de l’assimiler sans pratiquement s’en rendre compte. Pas que c’est simple et que ça ne demande pas d’effort. Loin de là mais on voit qu’il a très bien saisi l’approche pédagogique qui permet d’assurer le maximum de rétention de la matière.

Ça fait en sorte que même si on n’a pas toujours l’impression de passer beaucoup de temps sur un sujet, le fait d’y revenir sporadiquement à de nombreuses reprises fait en sorte qu’on en retient toujours un petit peu plus à chaque fois. C’est une approche connue et éprouvée qui facilite l’apprentissage. Pour avoir donner “quelques” formations dans ma vie, je sais ce que ça représente comme travail de planification mais en contre partie, les résultats du groupe devraient être proportionnels aux efforts déployés par notre chargé de projet. Bien sûr, au total toute, c’est nous qui allons obtenir les résultats et tout ce travail affecté dans l’ombre ne sera pas nécessairement reconnu car on sait tous que lorsque les élèves obtient de bons résultats, c’est qu’ils sont talentueux et lorsqu’ils se plantent, c’est de la faute du professeur. Et pourtant…

Ainsi donc, au cours des deux dernières semaines, les élèves talentueux que nous sommes avons bien ancré nos connaissances grâce à des exercices formatifs qui nous ont été présentés. Il s’agissait essentiellement de révision de notions déjà apprises mais sur lesquelles nous avons continué de bâtir notre connaissance. Un petit peu de ci, un petit peu de ça, un revient un peu là-dessus pis tient tant qu’à y être, pourquoi pas finir avec ceci. La première fois, c’était de la bouilli pour les chats. 5 millions de notions qui se mélangeaient à qui mieux mieux dans nos têtes. On se disait tous qu’on ne comprendrait jamais rien et qu’on arriverait jamais à gérer tout ça. Et pourtant…

Comme ça arrive dans tous les regroupement d’individus, nous n’avons pas tous les mêmes forces et les mêmes faiblesses. Certains sont plus cartésiens que d’autres le sont moins. L’âge et le parcours scolaire et professionnel font également en sorte que la perception des individus et surtout la rétention de l’apprentissage est différent d’une personne à l’autre. C’est ici que l’enseignant doit bien maitriser toutes les facettes de son rôle afin de permettre à tous de bien saisir ses propos et de pouvoir progresser à un bon rythme. Nous ne sommes pas tous parti du même endroit au même moment. C’est normal car nous avons tous un cheminement différent. Et pourtant…

J’ai confiance que nous arriverons tous à destination. Peut-être pas tous exactement au même moment mais nous goûterons au gâteau de la réussite car nous auront été accompagné adéquatement tout au long de notre cheminement. Que ce soit une réorientation de carrière, une deuxième carrière pour se tenir occupé à sa retraite ou tout simplement une première “vraie” carrière, peut importe la raison, la motivation est là. Mais être motivé sans guide ni accompagnateur, c’est loin d’être évident. Moi et mon groupe avons la chance d’être accompagné et guidé par une gang de mordus du camionnage. Ces gars-là sont là par passion et ils nous la partagent très bien. Quand on sort d’un cours, on a le goût d’en savoir plus sur le sujet. On a le goût d’aller plus loin. On a le goût de retourner derrière le volant et de rouler un peu plus.

Encore quelques semaines à peine et la partie théorique sera terminée et nous débuterons notre long apprentissage de “chauffeur de truck”. À date, on est comme une équipe de hockey en début de saison: pas pire sur papier mais sans plus. La vraie saison débutera bientôt pis c’est quand on va sauter sur la glace – dans ce cas-ci ce n’est pas un jeu de mots douteux – et bien c’est là qu’on va avoir la vraie chance de démontrer à l’équipe d’enseignants que tout ce qu’ils nous ont enseigné depuis la fin septembre n’a pas été en vain. Ce sera également le moment de se démontrer à soi-même qu’on a tout ce qu’il faut pour faire le plus beau métier du monde.

En attendant, on a quelques examens à passer. On va donc tous se mettre la face dans nos livres et étudier comme s’il n’y avait pas de lendemain. On va viser haut. Très haut !!! Comme ça, si on s’accroche un peu les pieds dans une ou deux questions, on va avoir encore une marge de manoeuvre pis on va passer pareil. Pis si jamais des confrères ou des consoeurs éprouvent de la difficulté, on va prendre le temps d’aller les aider pour qu’ils reviennent forts lors de leur deuxième essaie car tout comme à la guerre, on ne laissera pas personne derrière… On est tissé serré dans ce milieu là.

Pis ensuite, on va se préparer pour le prochain examen pis l’autre après. Pis quand on aura passé ces examens là la tête haute, on pourra ensuite se concentrer à plein sur la suite des choses.

Ainsi va la vie !

Semaine 5 – Tassez-vous d’dans rue !!!

Ça y est. C’est fait. Nous avons pris la route pour la première fois aux commandes d’un camion semi-remorque. Dans le cadre des ateliers qui précèdent la « vraie » partie pratique de notre formation, nous devons réaliser 4 activités soit 1- arrimage, 2- vérification avant départ (VAD), 3- simulateur de conduite et 4-vérification des freins (BRACEM) et conduite d’un camion muni d’une transmission automatisée.

Ainsi donc, après trois soir à discuter d’arrimage, de freins pneumatiques et de planification de voyages, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous avons débuté le premier de 4 samedi d’ateliers. Les 4 sujets d’ateliers sont divisés en deux groupes de deux donc après 2 semaines, nous avons fait le tour des 4 sujets et on recommence ensuite pour une 2e ronde. Dans mon cas, samedi matin j’étais convoqué à l’atelier du BRACEM et en après-midi, à celui du simulateur. Christian nous a chaleureusement accueilli pour l’atelier du BRACEM. Il nous a expliqué en quoi consisterait notre avant-midi soit deux période de 1 heure pour pratiquer le BRACEM et une heure de conduite sur le circuit privé du CFTC au volant d’un camion muni d’une transmission automatisée lequel tirait une remorque chargé d’une cargaison d’environ 20 000 kg pour simuler des conditions réelles de conduite. Il nous a également démontrer comment atteler la remorque au camion avant de nous envoyer par équipe de deux à nos postes respectifs de travail. Moi et mon partenaire, avons débuté notre atelier en pratiquant le fameux BRACEM.

Je sais… Je sais… Je vous entend vous demander depuis le début, qu’est-ce ça mange en hiver ce mozus de BRACEM là… Et bien voici en résumé qu’est-ce que ça veut dire :

B pour bruiteur. Nous devons nous assurer que l’indicateur lumineux ou le bruiteur entrent en fonction au bon moment pour nous indiquer que la pression est trop basse dans les réservoirs d’air du camion
R pour rendement du compresseur. Celui-ci doit être en mesure de fournir un minimum d’air pour maintenir une pression d’opération sécuritaire
A pour arrêt du compresseur. Trop d’air c’est comme pas assez alors il faut que le compresseur arrête de pomper de l’air dans les réservoirs à une pression prédéterminée
C pour consommation d’air. Lorsque nous appuyons sur la pédale de frein, une partie de l’air emmagasinée dans les réservoir est utilisée. Une trop grande quantité d’air utilisée lors de l’application des freins peut indiquer une fuite d’air ou un mauvais ajustement des freins
E pour étanchéité. Dans un système en bon ordre, il n’y a aucune fuite. Si l’on maintient l’application des freins et que la pression d’air continue de baisser, c’est qu’il y a une fuite qui pourrait éventuellement s’aggraver et causer de sérieux problèmes
M pour mise en marche du compresseur. Lorsque la pression descend sous un seuil établi, le compresseur doit se remettre en marche afin de remplir les réservoir sinon les freins de services deviendront inopérants et les freins de secours entreront en fonction et immobiliseront le camion

Ça semble compliqué au début mais après l’avoir pratiquer pendant une heure ou deux, ça devient beaucoup plus facile. On comprend alors mieux la séquence et l’implication des défectuosités sur la santé et la sécurité du camionneur et des usagers de la route.

Suite à notre première heure de BRACEM, nous avons été la 2e équipe à conduire le camion semi-remorque muni d’une transmission automatisée. Là vous devez vous dire, coup donc, yé pas capable de dire transmission automatique comme tout l’monde ? Oui oui, je suis capable mais ce sont deux types de transmissions complètement différents. La transmission automatique, comme celles que l’on retrouve dans nos autos, utilisent un système gérant la pression d’huile à l’intérieur de nombreuses canalisations pour changer les vitesses. Il n’y a qu’un levier de transmission qui nous permet de sélectionner si on veut partir en marche avant ou en marche arrière. Le reste se fait tout seul, sans intervention de notre part. La transmission automatisé par contre, c’est une transmission manuelle à laquelle on a greffé un système électronique et mécanique qui actionne les vitesses pour nous. Il y a donc une pédale d’embrayage dans la cabine afin que nous puissions débrayer le moteur de la transmission quand cela est requis. Ainsi, au départ, il faut enfoncer la pédale d’embrayage pour démarrer le moteur et actionner le levier de vitesse pour passer en première vitesse. Une fois le véhicule en mouvement, nous ne toucherons plus à la pédale d’embrayage avant de devoir s’immobiliser. En mode automatique, c’est l’ordinateur de bord qui décide s’il grade ou rétrograde la transmission en fonction de nos actions et des conditions de la route (montée, descente, etc…). En mode semi-automatique, mode que j’ai utilisé samedi dernier, c’est le conducteur qui choisit à quel moment il veut changer de vitesse. Il demeure tout de même sous la supervision de l’ordinateur de bord alors si le conducteur tente d’effectuer un changement de vitesse qui ne correspondent pas à une manœuvre logique, l’ordinateur refusera de le laisser faire. Le conducteur devra donc revoir sa manœuvre pour s’assurer que c’est bien ce qu’il voulait faire.

Le but de l’utilisation d’un tel camion était de nous permettre de pouvoir découvrir la sensation de conduire un camion semi-remorque chargé sans avoir à se casser la tête avec le contrôle de la pédale d’embrayage et de la transmission. Nous avons donc pu nous concentrer sur les techniques de virage sécuritaires à droite et à gauche. En circuit fermé, loin des piétons et des automobilistes, ça c’est bien déroulé car nous avions peu de pression. Pas de circulation dense à gérer, pas de piétons qui se tiennent les orteils pendantes sur le bord du trottoir – m’semble que j’connais quelqu’un qui fait ça – et pas de stress d’arriver temps chez le client. Nous avons pu profiter à plein de notre heure de pratique et discuter entre nous de nos bons coups et des points à améliorer. Pas besoins de vous dire qu’on avait tous un grand sourire lorsque nous sommes rentré dans la salle de rassemblement sur l’heure du diner.

En après-midi, une fois l’euphorie de la matinée passée, nous avons eu droit à un cours visuel sur la transmission manuelle. Notre professeur, dont j’oublie le nom, nous a fait une présentation en classe sur le côté technique d’une transmission de camion. Nous avons pu visualiser comment une transmission fonctionne et ainsi mieux comprendre la logique derrière la séquence de mouvement que nous devons effectuer pour changer de vitesse. Nous avons même été « en voir une vraie » dans l’atelier de réparation pour encore mieux saisir ce à quoi on avait affaire. Suite à cette courte formation, nous avons été mettre en pratique nos connaissances nouvellement acquises sur les simulateurs. Bien que ceux-ci soient loin d’être parfaits, ils nous permettent tout de même de développer une mémoire musculaire ce qui nous permettra de mieux faire la transition vers un camion équipé d’une transmission manuelle dans quelques semaines.

J’ai hâte aux prochains ateliers !!!

Semaine 4 – De plus en plus concret

La semaine dernière, j’ai eu une grosse semaine. Nous avons débuté la section « Planification de voyages » ainsi que « Masses et dimensions ». J’ai toujours aimé jouer avec les cartes alors j’ai tout de suite eu du plaisir quand nous avons commencé à éplucher les cartes de la région de Québec. Ce n’est pas encore établi dans ma tête que je dois maintenant penser en trucker. C’est comme le reste, c’est un long cheminement mental et physique alors ça arrive à l’occasion que c’est JP l’automobiliste qui prenne les décisions.

Tant que nous restons sur les cartes et qu’aucun camion ne se retrouve sur la route, tout est OK. C’est d’ailleurs exactement pour cette raison que la formation théorique existe. On a ainsi la chance de sa casser la gueule sur papier et non en accrochant notre cargaison sous un viaduc ou en se retrouvant à dévaler une pente abrupte à vive allure parce qu’on avait mal planifié notre itinéraire et qu’on n’avait pas pris le temps de déchiffrer les nombreux panneaux de signalisation le long de notre route.

Toujours en planif, nous avons également commencé à apprivoiser l’atlas nord-américain des camionneurs. C’est grand en titi l’Amérique du nord ! Pis évidemment, notre prof a trouvé des perles dans les 208 pages de l’atlas et il nous les a fait chercher… On a chialé un peu pour la forme mais on a eu bien du plaisir à chercher comme des malades pour trouver des réponses intelligentes à ses nombreuses questions. J’ai déjà hâte aux prochains exercices.

Samedi nous avons passé la journée à parler de masses et dimensions. Masses et dimensions de camions, de remorques et de cargaisons. Ça l’air de rien mais c’est toute une gymnastique mentale qu’il faut faire pour savoir si on respecte la règlementation au niveau de la masse et des dimensions de notre ensemble de véhicules avant de prendre la route. Heureusement, il existe de bons outils de référence qui nous permettent, avec un minimum de recherche, de déterminer si tout est OK ou si un permis spécial sera requis. Malgré qu’il ne soit pas toujours évident de démêler tout ça, ici aussi c’est une question de pratique et de répétition. À force d’en faire, on va devenir meilleur. Bring it on sti !!!

Finalement, dimanche, j’ai eu mon baptême du camionneur. Au volant de l’unité 60159 du Groupe Bellemare, j’ai pris la route pour mon premier « tour de truck » !!! C’est au volant d’un rutilant Kenworth presque neuf – il avait à peine 161 000 km de route sous les pneus – que j’ai fait mes premiers kilomètres sur la route. Première constatation, c’est loin d’être le même feeling que dans un simulateur. Quand la transmission griche, c’est plus stressant car tu sais que ce ne sont pas des engrenages simulés qui frottent ensemble ! C’est métal sur métal pour de vrai. Heureusement, ce n’est pas arrivé souvent.

Nous avons roulé dans le parc industriel des Hautes Forges pendant plus d’une heure. Une heure quinze pour être exact. Ça peut paraître court quand tu regardes les chiffres comme ça mais assis au volant d’un mastodonte possédant un long capot qui n’en finit plus de finir, disons que c’était amplement suffisant pour moi. De toute façon, le but de l’exercice n’est pas de manger de l’asphalte car c’est probablement la chose la moins difficile à faire. En effet, une fois que t’as atteint la dernière vitesse, rouler pour rouler, y’a rien là. La difficulté n’est pas là. Il faut plutôt changer de vitesses. On shift un bout pis après, on down shift. Pis on recommence encore et encore afin de développer la mémoire musculaire des jambes et du bras droit. Il faut que c’est trois membres-là apprennent à travailler ensemble sans avoir besoin de recevoir leurs ordres du deuxième étage. Il faut que tout se fasse tout seul avec la bonne séquence de mouvements et le bon timing. Quand cela sera mieux maitrisé, là on pourra penser à sortir du carré de sable. En attendant, j’ai déjà hâte que mon mentor m’invite de nouveau à aller jouer avec ses gros camions dans son carré de sable.

Tu sais comment me rejoindre dude ! Je demeure à l’écoute de la fréquence ! ;-)

Over and out…

Semaine 3 – Là on commence à jaser des vraies affaires

Ça peut avoir l’air bizarre de dire ça comme ça mais j’avais vraiment hâte que ça commence pour de vrai. Pas que les deux premières semaines ne servaient à rien mais disons que j’ai trouvé la mise en bouche un peu longue. J’avais hâte de parler des vraies affaires.

Des fois, j’avais l’impression qu’on passait rapidement sur des sujets juste parce qu’il faut en parler et non pas parce que c’est nécessairement important. Je sais qu’il y a des millions de choses dont il faut parler même si dans la vie quotidienne d’un camionneur, c’est relativement peu important pour lui. Pour avoir donné de la formation pendant plusieurs années, je sais qu’il y a des sujets comme ça qui sont imposés par les pédagogues mais qu’ultimement, ça ne servira pas à grand chose à l’élève. Ben là, j’ai l’impression que ce bout-là est terminé et qu’il va enfin y avoir de la viande autour du nonosse.

Après avoir parlé un bon moment du fameux logbook – un gros merci à mon chum et mentor Low Fuel pour sa courte mais combien pertinente formation il y a quelques semaines – on a fait un retour sur les freins à l’air et maintenant on s’attaque à l’arrimage. Curieusement, les logbooks et l’arrimage sont deux sujets qui nécessitent un peu de mathématique et de logique. C’est peut-être pour ça que j’accroche un peu plus. Pis les freins à air, ben c’est ultimement le lien entre la vie et la mort alors c’est comme assez important aussi mettons.

Croyez-moi, vous et moi avons un grand intérêt à ce que je connaisse ces trois disciplines-là sur le bout des doigts sinon, ça risque d’aller très mal et ce, très rapidement. En gars fatigué qui arrime mal sa cargaison et qui ne connaît pas le fonctionnement de ses freins, c’est comme laisser un gun chargé à bloc dans les mains d’une personne qui n’a aucune connaissance du maniement d’une arme à feu. Tôt ou tard, ça va faire BANG !!! pis quelqu’un va mourir…

Les ateliers débuteront dans 2 semaines. Ainsi, à compter du samedi 2 novembre, on va commencer à jouer avec les camions. Ce sera des camions avec une transmission automatique au début afin que nous nous familiarisions avec le gabarit de ces gros véhicules et ensuite, dans quelques semaines, nous allons utiliser les camions possédant des transmissions manuelles. Nous allons également commencer à “pinner” des remorques, à  les charger et à arrimer leur cargaison. La vraie vie quoi ! Bon OK… En circuit fermé et sous forte surveillance mais au moins, on va bouger pis on va taponner des choses !!! Youppi !!!

Pis ben euhhh… Ben j’ai quelque chose de spécial qui s’en vient la semaine prochaine mais j’peux pas vous en parler tout de suite. Mais disons que ça va faire vroum vroum, souvent ça va faire pouish pis y risque d’avoir un hood orange… J’vous montre ça la semaine prochaine !!!

Keep on trucking !

Semaine 2 – Montagnes russes

Retourner à l’école, peut importe la formation, implique qu’à court ou moyen terme, on se pète le nez en quelque part. On a beau se dire qu’à notre âge on a du vécu et qu’on peut affronter la vie sans trop de difficulté, tôt ou tard, on frappe un mur. Par contre, notre vécu nous aidera surmonter cette embûche avec plus ou moins de difficulté car on en a vu d’autres et on a une bonne idée comment réagir.

C’est ce qui s’est passé cette semaine. Mardi soir, nous avons vécu nos premières expériences au volant d’un simulateur. C’est vraiment trippant un simulateur et en plus, quand ça ne va pas à  notre goût, on redémarre la simulation et si ça ne va toujours pas à notre goût, on peut quitter notre siège de conducteur sans être obligé de ramener le camion au terminal. On peut aussi aller voir comment se débrouillent nos consoeurs et nos confrères en quelques secondes.

Je connaissais les simulateurs car lors d’une visite au CFTC cet été, j’ai eu l’occasion de les essayer en compagnie de mon fils Charles. Nous avons alors tous les deux obtenu notre “pommeau de cuir”, première récompense accordé à l’aspirant conducteur de camion suite à la maitrise du double embrayage. Le principe du double embrayage est très simple. Il faut appuyer une première fois la pédale d’embrayage pour passé  d’une vitesse au neutre, relâcher la pédale d’embrayage avant d’appuyer de nouveau sur la pédale d’embrayage et de passer à la vitesse supérieure.

Ça semble plus compliqué que ça l’est en réalité et en même temps, c’est loin d’être simple. Tout est une question de timing. Il faut appuyer sur la pédale d’embrayage au bon moment sinon ça ne fonctionne tout simplement pas. Lorsqu’on tente d’obtenir le pommeau d’or, tout ce que l’on cherche à démontrer c’est qu’on est capable de faire les manoeuvres dans le bon timing. Après quelques essais, c’est possible d’y parvenir sans trop se casser la tête.

C’est ensuite que ça se corse ! Non seulement il faut jouer de la pédale comme du monde, mais il faut aussi enfiler les vitesses les unes après les autres. On ne réalise pas combien d’énergie on a dépensé à passer la première leçon alors on ne s’aperçoit pas qu’on est fatigué et que le stress augmente à chaque fois qu’on commet une erreur. On devient donc un peu plus frustré à chaque manoeuvre manquée, on commet alors encore plus d’erreur faisant monter le niveau de frustration encore plus haut.

À la fin de la soirée, le consensus informel était que finalement devenir camionneur, c’est bien mais ce n’est pas une obligation. Il doit certainement y avoir d’autres métiers passionnants où nous pourrions exceller !!!

Disons que lorsque nous sommes retourné dans la classe en fin de soirée, ça ne parlait pas fort. Le moral était très bas. On s’était tous laissé emporté vers le bas par ces échecs répétés. Nous n’arrivions pas à prendre du recul et à constater que nous parvenions maintenant à faire des choses que nous n’étions pas capable de faire à peine 4 heures auparavant.  Nos échecs nous semblaient tellement gros que nous n’arrivions pas à voir et apprécier nos réussites. Heureusement, une bonne nuit de sommeil a permis à la grande majorité des étudiants de prendre du recul et d’apprécié le chemin parcouru au cours de cette première séance de pratique virtuelle.

L’accès aux simulateurs est relativement facile alors il est possible d’y aller pratiquement quand on veut. Dans mon cas, puisque je suis à Québec seulement 2 jours et demi la semaine, je peux y aller seulement le mardi et le mercredi entre 15 et 18 heure. J’avais planifié m’entraîner durant cette période mais puisque nous ne passerons que quelques semaines sur les simulateurs, aussi bien maximiser mon temps d’apprentissage sur ceux-ci immédiatement. Dans quelques semaines, nous débuterons la conduite de vrais camions alors j’irai m’entrainer pendant ces périodes libres.

Même si mes succès académiques tangibles ne sont pas aussi élevés que je l’aurais souhaité, je suis très fier de ma semaine. Ma compréhension des systèmes mécaniques est nettement au-dessus de la moyenne de la classe et mes résultats sur les simulateurs se situent dans le premier tiers du groupe. C’est pas mal mais il va falloir continuer à travailler fort afin de maintenir le cap.

Je dois dire que les discussions que j’ai eu avec mon mentor Low Fuel portent fruits. Étant de nature curieux, j’aime bien lui poser toute sortes de questions et c’est toujours avec de nombreux détails qu’il m’explique comment les choses fonctionnent dans le merveilleux monde du camionnage. Il est très disponible pour moi et il trouve toujours un moyen de me présenter les choses d’une façon qui est facile à comprendre et surtout, il me fait part d’exemples réels qu’il a lui-même vécus ou qu’il a vu de ses yeux. Pas de bullshit, pas d’histoires à l’eau de roses. Juste les vraies affaires ! Croyez-moi, ça fait toute une différence quand on peut synthétiser de nouvelles connaissances et les relier à des notions que nous connaissons déjà. Ça rend la rétention de cette information beaucoup plus facile.

Demain, la troisième semaine se mettra en marche. Là je sens que le camion est maintenant en marche. Après quelques hésitations, la première vitesse est passée et je m’apprête à passer en deuxième vitesse. Le regard loin en avant, un p’tit coup d’oeil dans les miroirs, le pied sur la pédale d’embrayage, je me prépare. dans ma tête, j’entends la voie du simulateur. Tic… Tac…