L’art de tirer dans le fond de ta chaloupe (ou de ta remorque) !

Partout dans le monde, des personnes ou des groupes sont en désaccord avec ce qui se passe autour d’eux. Dans bien des cas, il ne se passe rien pantoute. Ça chiale dans les chaumières, autour de la machine à café pis sur quelques pages sur les médias sociaux. On traite tout le monde de caves mais on reste assis sur son gros cul. Pis c’est correct comme ça. Faut savoir choisir ses guerres après tout !

Dans d’autres cas, la “cause” est trop grande pour la laisser passer sans faire quelque chose. On se crinque, la pression monte pis on veut tout casser ! Faut qu’on fasse quelque chose pis ça presse !!!

Pis c’est là que ça chie car bien souvent, une p’tite gang s’emballe sur les médias sociaux, pense avoir tout ce qu’il faut pour faire valoir ses points concernant la “cause” pis commence à s’écarquiller d’un bord pis de l’autre sans avoir vraiment une planification de gestion de crise. On est en crisse donc on peut faire ce qu’on veut pis ça va marcher right ?

Dans un monde idéal, oui, ça pourrait marcher pis ça pourrait être écoeurant comme impact pis on pourrait obtenir tout ce que l’on veut et même plus. Avec nos lunettes roses pis notre pendentif de licorne, ça marcherait en crisse pis tout le monde se mettrait à genou devant nous pis l’affaire serait ketchup !

Malheureusement, nous ne vivons pas dans un monde idéal pis il faut savoir se préparer adéquatement pour faire passer notre message et ne pas avoir l’air d’une bande de ti-clins.

Je sais que ça peut paraitre contre-productif mais pour une heure de manif, il va falloir INVESTIR des centaines d’heures de PRÉPARATION. Des centaines d’heures, t’es malade el gros ?!?!?

Ben non je ne suis pas malade. Je suis réaliste. Dans le monde actuel, ce n’est pas tant ta manif qui va éventuellement faire bouger les choses mais bien les centaines d’heures que tu vas passer à préparer ton IMAGE DE MARQUE, à préparer tes COMMUNIQUÉS DE PRESSE, à planifier l’HORAIRE DES COMMUNICATIONS avec les différents médias, à MONTER TA STRATEGIE d’actions, à INVENTORIER ET RECUEILLIR DES APPUIS à ta cause, à CRÉER DES COMITÉS d’action et bien d’autres choses qui doivent être effectuées avant que la populace apprenne qu’est-ce qui nous tape sur les nerfs et ce qu’on entend faire pour parvenir à nos fins.

Dans ce type d’actions, il faut être en contrôle de tout avant, pendant et après la manif et les revendications. Il faut contrôler le message, l’image, la manif elle-même et tout ce qui l’entoure !

Pensez-vous vraiment que le printemps érable aurait eu autant de “succès” si tout ça n’avait pas été préparé à l’avance dans les bureaux des syndicats qui soutenaient les étudiants ? Pensez-vous vraiment que toutes les causes que l’on retrouve avec des centaines ou des milliers de pancartes dans la rue sont le fruit d’une rencontre dans un Tim Horton pis go on y va ?

La manif, ce n’est que la pointe de l’iceberg ! C’est loin d’être l’iceberg tout entier !!!

À partir de maintenant, la côte va être doublement difficile à remonter car on passe tous pour une bande de ti-clins qui ne veulent pas avoir du soleil dans face pis qui se demande à quoi ça sert de l’huile dans les hubs ! On a une crisse de côte à remonter !

Vous voulez que les choses bougent et qu’on vous reconnaisse comme des professionnels ? Ben va falloir que vous agissiez en professionnels sinon vous allez encore chiquer de la guenille dans 10 ans ! Ça peut aussi vouloir dire que vous devrez regarder à l’extérieur de vos rangs si vous ne trouvez pas toutes les compétences recherchées à l’interne. C’est ben plate mais c’est comme ça que ça marche en 2016. Êtes-vous prêt ?

Le point de vue de ma blonde

Cela fait un peu plus de 2 ans que je suis camionneur. J’ai eu la chance de trimballer ma carcasse un peu partout en Amérique du Nord et dans le grand Nord. Je suis privilégié car à date, j’ai travaillé pour des compagnies qui se sont bien occupé de moi.

Malheureusement, ce métier nous amène loin de la maison pendant de longues période et ma blonde trippe un peu moins quand je pars pour 2-3 semaines en ligne. Ce qui est tout à fait normal car on a choisi de fonder une famille ensemble parce qu’on est bien ensemble donc veut, veut pas, être loin l’un de l’autre, ça fini par être difficile à vivre.

Il y a 2-3 mois, ma blonde m’a donc demandé de venir avec moi sur la route. J’étais très emballé à cette possibilité et c’est avec joie que j’ai accepté. Nos premières sorties on été de courtes durées. Je ne voulais pas l’écoeurer du premier coup alors à chaque fois que mon travail m’amenait dans ma région, je l’embarquais avec moi. Un après-midi, une journée complète, 2-3 jours dans les Maritimes. Juste assez pour voir si ça lui convenait et si elle avait le goût d’en prendre plus.

Il y a deux semaines, elle a donc eu la chance de faire une vraie run ! En une dizaine de jours, on a fait un peu de local à Laval pendant l’heure de pointe, un p’tit tour à Pohénégamook avant d’embrayer ça pour une livraison en Ontario avant de partir du côté du Nebraska. Perso, le Nebraska pour moi c’est un peu proche mais bon comme première longue sortie, c’était parfait !

Je vous fait part ici de ses premières impressions en publiant un de ses status facebook.

Un petit update avant de traverser vers nos voisins du Sud. Je n’aurai plus de data aux États alors je ne pourrai venir sur internet que lorsque j’aurai du wifi.

C’est en vivant cette expérience qu’on a une admiration pour les hommes et femmes qui ont choisi ce travail. On se rend compte qu’on prend plein de choses pour acquis comme :

-l’accès à une toilette quand on en a besoin
-l’accès à une douche
-un bon repas sur une vraie table en compagnie de la famille
-le silence (c’est dur d’entendre le vrombissement du moteur 24/24h)
-de l’espace suffisant pour ranger vêtements et objets essentiels
-un grand lit queen
-accès facile à des stationnements (un camionneur ne peut pas avoir accès à tous les commerces qu’il voit sur sa route. Plus souvent qu’autrement, il n’y a pas accès faute d’espace suffisant pour manoeuvrer et se stationner)
-le temps (toutes les livraisons pressent…il faut qu’elles soient rendues pour hier)
-et j’en passe…

Alors, quand vous verrez un camionneur sur la route, donnez-lui un p’tit break:
-laissez lui de l’espace pour manœuvrer ses virages (il n’est pas au volant d’une Fiat)
-comprenez que si vous le coupez, il a besoin de plus long pour freiner. Son camion et sa pesante charge l’empêche de pouvoir s’immobiliser comme les automobilistes que vous êtes.

C’est pas grand chose mais, s’il y avait plus de courtoisie et de compréhension sur la route, ça serait plus agréable et plus sécuritaire pour tout le monde.

Dites-vous que le camionneur aussi a une famille qu’il aimerait revoir et serrer dans ses bras!!

Bon, désolé pour le “sermon” mais voilà ce que j’ai appris dans les premiers jours de ma “run” avec Jean-Pierre et c’est pas fini!!

Les camionneurs, c’est des passionnés de la route qui sacrifient bien des commodités pour trimbaler toutes nos bébelles! Ils méritent plus de respect!

À bientôt la gang!!

T’as beau être la femme d’un trucker, entendre parler de notre réalité et la vivre, c’est deux choses complètement différentes. Je suis bien heureux d’avoir la chance de partager ces moments en sa compagnie.

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À notre retour, voici ce qu’elle a publié sur son mur facebook:

De retour à la maison depuis hier soir. JP devait passer dans l’coin pour aller livrer son acier à St-Gédéon de Beauce. J’ai décidé de rester à la maison jusqu’à ce que je répète l’expérience.

Ce que j’ai appris?

-Qu’il y a de belles choses à voir partout.

-Qu’il ne faut pas craindre l’étranger. J’ai rencontré plein de gens super gentils partout.

-Qu’il faut se concentrer sur l’essentiel dans la vie et, quelques fois, il est bon d’aller vivre un bout de temps avec moins de luxe et de cossins de toutes sortes pour pouvoir mieux identifier QU’EST-CE qui est essentiel!

-Que les camionneurs méritent notre respect BIG TIME!!!

-Que j’adore mon mari et que j’ai bien l’intention de continuer à le gâter avec mes p’tits plats cuisinés. C’est une petite douceur quotidienne que de pouvoir goûter “chez-nous” sur la route!

-Que je suis une fan des éoliennes! LOL! En regardant les photos que j’ai prises lors de mon voyage, je me suis rendue compte que c’est pas mal les seules photos que j’ai! C’est certain que, vu qu’on ne fait QUE de l’autoroute, on voit la végétation, les champs de culture, les éoliennes…mais pas grand chose d’autre.

-Que de se promener au Michigan en camion est un sport extrême!!! Les routes sont TELLEMENT détériorées qu’on devrait se mettre un protecteur cervical avant d’emprunter leurs routes…LOL

-ETC…

Il y a un proverbe qui dit qu’une personne ne peut pas savoir ce que l’on vit si elle n’a pas marché 10 miles dans nos souliers. Avec tout ce qui se passe dans le camionnage en ce moment, faudrait peut-être embarquer un “décideur” avec nous pour quelques jours afin qu’il voit comment ça se passe dans notre quotidien.

Je crois fermement que le meilleur moyen de faire passer notre message est d’asseoir un décideur dans le siège à droite et lui faire faire une run avec nous. Quand ça va faire 4-5 heures qu’il a envie de pisser dans ses shorts pis que tout ce que vous avez à lui proposer c’est de pisser dans une bouteille parce que y’a pas de toilettes de disponibles, peut-être ça devrait déclencher un début de réflexion.

Quand vous lui proposerez de coucher dans une bretelle d’autoroute parce qu’il n’y a aucune place pour stationner votre truck sécuritairement à 100 km à la ronde pis que vous n’avez plus d’heures pour rouler, peut-être que ça devrait déclencher un début de réflexion.

Quand ça fera 3 jours qu’il n’aura pas pris de douche parce que y’a de moins en moins de truck stops et que ceux qui restent n’offrent pas toujours de commodités propres et attrayantes, peut-être que ça devrait déclencher un début de réflexion.

En attendant, c’est avec beaucoup de plaisir que je vais accueillir ma blonde auprès de moi dans mon camion lors d’une prochaine run !