Semaine 4 – De plus en plus concret

La semaine dernière, j’ai eu une grosse semaine. Nous avons débuté la section « Planification de voyages » ainsi que « Masses et dimensions ». J’ai toujours aimé jouer avec les cartes alors j’ai tout de suite eu du plaisir quand nous avons commencé à éplucher les cartes de la région de Québec. Ce n’est pas encore établi dans ma tête que je dois maintenant penser en trucker. C’est comme le reste, c’est un long cheminement mental et physique alors ça arrive à l’occasion que c’est JP l’automobiliste qui prenne les décisions.

Tant que nous restons sur les cartes et qu’aucun camion ne se retrouve sur la route, tout est OK. C’est d’ailleurs exactement pour cette raison que la formation théorique existe. On a ainsi la chance de sa casser la gueule sur papier et non en accrochant notre cargaison sous un viaduc ou en se retrouvant à dévaler une pente abrupte à vive allure parce qu’on avait mal planifié notre itinéraire et qu’on n’avait pas pris le temps de déchiffrer les nombreux panneaux de signalisation le long de notre route.

Toujours en planif, nous avons également commencé à apprivoiser l’atlas nord-américain des camionneurs. C’est grand en titi l’Amérique du nord ! Pis évidemment, notre prof a trouvé des perles dans les 208 pages de l’atlas et il nous les a fait chercher… On a chialé un peu pour la forme mais on a eu bien du plaisir à chercher comme des malades pour trouver des réponses intelligentes à ses nombreuses questions. J’ai déjà hâte aux prochains exercices.

Samedi nous avons passé la journée à parler de masses et dimensions. Masses et dimensions de camions, de remorques et de cargaisons. Ça l’air de rien mais c’est toute une gymnastique mentale qu’il faut faire pour savoir si on respecte la règlementation au niveau de la masse et des dimensions de notre ensemble de véhicules avant de prendre la route. Heureusement, il existe de bons outils de référence qui nous permettent, avec un minimum de recherche, de déterminer si tout est OK ou si un permis spécial sera requis. Malgré qu’il ne soit pas toujours évident de démêler tout ça, ici aussi c’est une question de pratique et de répétition. À force d’en faire, on va devenir meilleur. Bring it on sti !!!

Finalement, dimanche, j’ai eu mon baptême du camionneur. Au volant de l’unité 60159 du Groupe Bellemare, j’ai pris la route pour mon premier « tour de truck » !!! C’est au volant d’un rutilant Kenworth presque neuf – il avait à peine 161 000 km de route sous les pneus – que j’ai fait mes premiers kilomètres sur la route. Première constatation, c’est loin d’être le même feeling que dans un simulateur. Quand la transmission griche, c’est plus stressant car tu sais que ce ne sont pas des engrenages simulés qui frottent ensemble ! C’est métal sur métal pour de vrai. Heureusement, ce n’est pas arrivé souvent.

Nous avons roulé dans le parc industriel des Hautes Forges pendant plus d’une heure. Une heure quinze pour être exact. Ça peut paraître court quand tu regardes les chiffres comme ça mais assis au volant d’un mastodonte possédant un long capot qui n’en finit plus de finir, disons que c’était amplement suffisant pour moi. De toute façon, le but de l’exercice n’est pas de manger de l’asphalte car c’est probablement la chose la moins difficile à faire. En effet, une fois que t’as atteint la dernière vitesse, rouler pour rouler, y’a rien là. La difficulté n’est pas là. Il faut plutôt changer de vitesses. On shift un bout pis après, on down shift. Pis on recommence encore et encore afin de développer la mémoire musculaire des jambes et du bras droit. Il faut que c’est trois membres-là apprennent à travailler ensemble sans avoir besoin de recevoir leurs ordres du deuxième étage. Il faut que tout se fasse tout seul avec la bonne séquence de mouvements et le bon timing. Quand cela sera mieux maitrisé, là on pourra penser à sortir du carré de sable. En attendant, j’ai déjà hâte que mon mentor m’invite de nouveau à aller jouer avec ses gros camions dans son carré de sable.

Tu sais comment me rejoindre dude ! Je demeure à l’écoute de la fréquence ! ;-)

Over and out…

Semaine 3 – Là on commence à jaser des vraies affaires

Ça peut avoir l’air bizarre de dire ça comme ça mais j’avais vraiment hâte que ça commence pour de vrai. Pas que les deux premières semaines ne servaient à rien mais disons que j’ai trouvé la mise en bouche un peu longue. J’avais hâte de parler des vraies affaires.

Des fois, j’avais l’impression qu’on passait rapidement sur des sujets juste parce qu’il faut en parler et non pas parce que c’est nécessairement important. Je sais qu’il y a des millions de choses dont il faut parler même si dans la vie quotidienne d’un camionneur, c’est relativement peu important pour lui. Pour avoir donné de la formation pendant plusieurs années, je sais qu’il y a des sujets comme ça qui sont imposés par les pédagogues mais qu’ultimement, ça ne servira pas à grand chose à l’élève. Ben là, j’ai l’impression que ce bout-là est terminé et qu’il va enfin y avoir de la viande autour du nonosse.

Après avoir parlé un bon moment du fameux logbook – un gros merci à mon chum et mentor Low Fuel pour sa courte mais combien pertinente formation il y a quelques semaines – on a fait un retour sur les freins à l’air et maintenant on s’attaque à l’arrimage. Curieusement, les logbooks et l’arrimage sont deux sujets qui nécessitent un peu de mathématique et de logique. C’est peut-être pour ça que j’accroche un peu plus. Pis les freins à air, ben c’est ultimement le lien entre la vie et la mort alors c’est comme assez important aussi mettons.

Croyez-moi, vous et moi avons un grand intérêt à ce que je connaisse ces trois disciplines-là sur le bout des doigts sinon, ça risque d’aller très mal et ce, très rapidement. En gars fatigué qui arrime mal sa cargaison et qui ne connaît pas le fonctionnement de ses freins, c’est comme laisser un gun chargé à bloc dans les mains d’une personne qui n’a aucune connaissance du maniement d’une arme à feu. Tôt ou tard, ça va faire BANG !!! pis quelqu’un va mourir…

Les ateliers débuteront dans 2 semaines. Ainsi, à compter du samedi 2 novembre, on va commencer à jouer avec les camions. Ce sera des camions avec une transmission automatique au début afin que nous nous familiarisions avec le gabarit de ces gros véhicules et ensuite, dans quelques semaines, nous allons utiliser les camions possédant des transmissions manuelles. Nous allons également commencer à “pinner” des remorques, à  les charger et à arrimer leur cargaison. La vraie vie quoi ! Bon OK… En circuit fermé et sous forte surveillance mais au moins, on va bouger pis on va taponner des choses !!! Youppi !!!

Pis ben euhhh… Ben j’ai quelque chose de spécial qui s’en vient la semaine prochaine mais j’peux pas vous en parler tout de suite. Mais disons que ça va faire vroum vroum, souvent ça va faire pouish pis y risque d’avoir un hood orange… J’vous montre ça la semaine prochaine !!!

Keep on trucking !

Semaine 2 – Montagnes russes

Retourner à l’école, peut importe la formation, implique qu’à court ou moyen terme, on se pète le nez en quelque part. On a beau se dire qu’à notre âge on a du vécu et qu’on peut affronter la vie sans trop de difficulté, tôt ou tard, on frappe un mur. Par contre, notre vécu nous aidera surmonter cette embûche avec plus ou moins de difficulté car on en a vu d’autres et on a une bonne idée comment réagir.

C’est ce qui s’est passé cette semaine. Mardi soir, nous avons vécu nos premières expériences au volant d’un simulateur. C’est vraiment trippant un simulateur et en plus, quand ça ne va pas à  notre goût, on redémarre la simulation et si ça ne va toujours pas à notre goût, on peut quitter notre siège de conducteur sans être obligé de ramener le camion au terminal. On peut aussi aller voir comment se débrouillent nos consoeurs et nos confrères en quelques secondes.

Je connaissais les simulateurs car lors d’une visite au CFTC cet été, j’ai eu l’occasion de les essayer en compagnie de mon fils Charles. Nous avons alors tous les deux obtenu notre “pommeau de cuir”, première récompense accordé à l’aspirant conducteur de camion suite à la maitrise du double embrayage. Le principe du double embrayage est très simple. Il faut appuyer une première fois la pédale d’embrayage pour passé  d’une vitesse au neutre, relâcher la pédale d’embrayage avant d’appuyer de nouveau sur la pédale d’embrayage et de passer à la vitesse supérieure.

Ça semble plus compliqué que ça l’est en réalité et en même temps, c’est loin d’être simple. Tout est une question de timing. Il faut appuyer sur la pédale d’embrayage au bon moment sinon ça ne fonctionne tout simplement pas. Lorsqu’on tente d’obtenir le pommeau d’or, tout ce que l’on cherche à démontrer c’est qu’on est capable de faire les manoeuvres dans le bon timing. Après quelques essais, c’est possible d’y parvenir sans trop se casser la tête.

C’est ensuite que ça se corse ! Non seulement il faut jouer de la pédale comme du monde, mais il faut aussi enfiler les vitesses les unes après les autres. On ne réalise pas combien d’énergie on a dépensé à passer la première leçon alors on ne s’aperçoit pas qu’on est fatigué et que le stress augmente à chaque fois qu’on commet une erreur. On devient donc un peu plus frustré à chaque manoeuvre manquée, on commet alors encore plus d’erreur faisant monter le niveau de frustration encore plus haut.

À la fin de la soirée, le consensus informel était que finalement devenir camionneur, c’est bien mais ce n’est pas une obligation. Il doit certainement y avoir d’autres métiers passionnants où nous pourrions exceller !!!

Disons que lorsque nous sommes retourné dans la classe en fin de soirée, ça ne parlait pas fort. Le moral était très bas. On s’était tous laissé emporté vers le bas par ces échecs répétés. Nous n’arrivions pas à prendre du recul et à constater que nous parvenions maintenant à faire des choses que nous n’étions pas capable de faire à peine 4 heures auparavant.  Nos échecs nous semblaient tellement gros que nous n’arrivions pas à voir et apprécier nos réussites. Heureusement, une bonne nuit de sommeil a permis à la grande majorité des étudiants de prendre du recul et d’apprécié le chemin parcouru au cours de cette première séance de pratique virtuelle.

L’accès aux simulateurs est relativement facile alors il est possible d’y aller pratiquement quand on veut. Dans mon cas, puisque je suis à Québec seulement 2 jours et demi la semaine, je peux y aller seulement le mardi et le mercredi entre 15 et 18 heure. J’avais planifié m’entraîner durant cette période mais puisque nous ne passerons que quelques semaines sur les simulateurs, aussi bien maximiser mon temps d’apprentissage sur ceux-ci immédiatement. Dans quelques semaines, nous débuterons la conduite de vrais camions alors j’irai m’entrainer pendant ces périodes libres.

Même si mes succès académiques tangibles ne sont pas aussi élevés que je l’aurais souhaité, je suis très fier de ma semaine. Ma compréhension des systèmes mécaniques est nettement au-dessus de la moyenne de la classe et mes résultats sur les simulateurs se situent dans le premier tiers du groupe. C’est pas mal mais il va falloir continuer à travailler fort afin de maintenir le cap.

Je dois dire que les discussions que j’ai eu avec mon mentor Low Fuel portent fruits. Étant de nature curieux, j’aime bien lui poser toute sortes de questions et c’est toujours avec de nombreux détails qu’il m’explique comment les choses fonctionnent dans le merveilleux monde du camionnage. Il est très disponible pour moi et il trouve toujours un moyen de me présenter les choses d’une façon qui est facile à comprendre et surtout, il me fait part d’exemples réels qu’il a lui-même vécus ou qu’il a vu de ses yeux. Pas de bullshit, pas d’histoires à l’eau de roses. Juste les vraies affaires ! Croyez-moi, ça fait toute une différence quand on peut synthétiser de nouvelles connaissances et les relier à des notions que nous connaissons déjà. Ça rend la rétention de cette information beaucoup plus facile.

Demain, la troisième semaine se mettra en marche. Là je sens que le camion est maintenant en marche. Après quelques hésitations, la première vitesse est passée et je m’apprête à passer en deuxième vitesse. Le regard loin en avant, un p’tit coup d’oeil dans les miroirs, le pied sur la pédale d’embrayage, je me prépare. dans ma tête, j’entends la voie du simulateur. Tic… Tac…

Semaine 1 complétée

Bon ben la première semaine de formation et maintenant complétée. Je suis pas mal heureux de voir commet ça c’est déroulé. Je dois dire que je m’étais bien préparé mais j’appréhendais tout de même cette première semaine.

Je ne peux pas encore dire que tout fonctionne à mon goût, mais j’ai déjà été en mesure d’apporter certains changements à ma nouvelle routine afin que ça soit moins stressant. J’ai déjà de grosses journées alors je n’ai pas besoin de stress inutile.

Lundi : Mon plus gros stress est d’arriver à Québec en pleine heure de pointe. Il n’y a malheureusement pas grand chose à faire sinon de partir de Shawinigan-Sud à midi. Bien que ce soit tentant, je n’ai pas l’intention d’hypothéquer inutilement mes journées du jeudi et vendredi alors c’est hors de question. Il faut donc que je m’assure que tout ce que je passe chercher à la maison avant de partir pour Québec soit prêt. De cette manière, j’arrive, je ramasse mes choses pis go à Québec.

En procédant ainsi, j’arrive au CFTC à une heure raisonnable, ce qui me laisse le temps de souper et de relaxer un peu avant de commencer mes cours à 18 heure. Par contre, pas  question de passer à l’appart en arrivant à Québec sinon, je vais être pris dans le gros trafic et je n’aurai pas le temps de souper.

Mardi : Je dois m’assurer d’avoir tout ce qu’il me faut pour la journée dans le coffre de l’auto en quittant l’appartement. Lunchs pour le dîner et le souper ainsi que les collations car  bien que ce soit possible de repasser par l’appart avant de monter au CFTC, je perds un temps fou dans le trafic et ce temps-là, je préfère l’utiliser à m’entrainer à l’école. Donc départ du bureau à 15 heure, autoroute 73 Nord jusqu’au CFTC, entraînement pendant une heure, douche et souper. Reste à souhaiter que l’endorphine générée lors de l’entraînement va me mener jusqu’à 22 heure !

Mercredi : La routine est similaire mais je dois aussi m’assurer de mettre tous les gugusses que je veux ramener à la maison dans l’auto car je ne retournerai pas à l’appart à 22 heure. Je vais plutôt me diriger en direction de Trois-Rivières pour y passer les 60 prochaines heures.

Jeudi et vendredi : Journées passées au bureau à Shawinigan-Sud et dodo à la maison. La routine normale quoi. C’est le temps de faire les commissions car lorsque je suis à Québec, je n’ai pratiquement pas une minute de disponible pour le magasinage.

Samedi : Je pars le matin de Trois-Rivières avec mon lunch et quelques collations, je passe la journée au CFTC et je suis de retour vers 18 h 30 à la maison. Vraiment rien à changer ici.

Dimanche : Le jour du Seigneur ! Ben en fait, c’est la journée de préparation pour la prochaine semaine. Cuisson des lunchs pour les prochains jours, lavage, révision des notes de cours de la semaine précédente et entraînement. Ensuite dodo pas trop tard car la semaine commence raide avec 3 grosses journées en ligne.

En gros mon horaire ressemble à celle d’un camionneur. Contrairement à celle de bien des camionneurs, elle variera peu tout au long de la formation. Je trouve que c’est un bon moyen de m’adapter à la réalité de ma future nouvelle vie. Quand la formation pratique va débuter, ça va être encore plus près de la réalité car je vais passer de longues heures dans un camion au lieu de les passer dans une salle de cours. Ça va commencer à ressembler un peu plus à la vraie job.

La semaine prochaine, je vous parle de mon groupe d’apprentis truckers. Après deux semaines, je serai mieux en mesure de vous en jaser.

Passez tous et toutes une belle semaine !