Va donc chier calisse !!!

Quand j’étais ti-cul, mon père m’a enseigné qu’il était important de respecter les conventions que les grands ont fixées. On dit “bonjour” quand on rencontre quelqu’un, on dit merci lorsque quelqu’un nous donne quelque chose, on enlève nos souliers quand on entre chez quelqu’un.

Plus tard, quand j’ai eu mon premier vélo, il m’a dit d’être très prudent car il était possible que des automobilistes ne me voit pas quand je promène sur mon vélo mustang avec son siège banane beige. Y paraît que les jeunes à vélo dans les années 70, c’était pas ben grave quand on en écrasait un de temps en temps. Les familles étaient plus grosses à l’époque alors j’imagine qu’ils pouvaient se permettre d’en perdre un ou deux.

Pendant mon adolescence, nous sommes déménagé de la campagne à la ville. Pas une grosse ville mais une ville quand même. Une ville où semble-t-il on faisait moins d’enfants qu’à la campagne car à cet endroit, les policiers municipaux – ben oui ça existait dans les petites villes à l’époque – prenaient le temps de discuter avec les jeunes qui circulaient à vélo et surtout, ils leur prodiguaient des conseils de sécurité afin que les enfants reviennent en vie à la maison !

Dans cette ville où l’on semblait faire moins d’enfants qu’à la campagne, on a même poussé l’ironie jusqu’à mettre en place la première piste cyclable de la région. Le maire de l’époque, qui avait pourtant deux enfants comme toutes les familles de mon ancien village, trouvait important que les vélos circulent en sécurité. Il avait axé une bonne partie de la publicité concernant cette nouvelle piste cyclable sur les règles de sécurité que devaient respecter les automobilistes lorsqu’ils sortaient de leur cour. Un accident est si vite arrivé.

J’ai fréquenté la polyvalente de cette ville et pendant des années, j’ai traversé la ville de part en part pour aller à l’école à vélo. Rendu en secondaire 5, mon groupe d’éducation physique a organisé une randonné de près d’une semaine qui nous a amené de Montréal à Burlington, VT, à Plattsburgh, NY, à St-Jean-sur-Richelieu, à Berthierville et finalement à notre alma matter.

Une fois rendu au CÉGEP, c’est une quinzaine de kilomètres que je devais parcourir pour me rendre de la maison jusqu’à l’école. Soir et matin, dans la circulation, en traversant deux ponts, en montant et descendant de bonne côtes dont une était traversé par une voie ferrée tout en bas de celle-ci. Plus tard, à l’université, c’est encore une fois à vélo que j’ai découvert ma nouvelle ville euhhh que dis-je ? Cette capitale nationale.

Entre temps, à 16 ans, j’avais réussi à obtenir mon permis de conduire et mon père, avant de me remettre les clés de notre superbe Ford Fairmont, m’avait encore une fois prodigué quelques conseils. En gros, ça disait, le char, c’est mon char, pas le tien alors ramène-le dans le même  état que tu l’as pris. Le char, y marche pas à  l’eau faque si tu prends du gaz, té mieux d’en remettre dedans. Si jamais tu te pètes la gueule, fais-toi en pas pour la tôle, c’est juste de la tôle. Ça ce répare. Toé par contre, on pourra pas te remplacer faque arrange-toé dont pour revenir en vie à toutes les fois que tu prends le char.

Il avait aussi pris la peine de me raconter quelques histoires familiales qui ne se terminaient pas toujours bien. Genre un grand-père ben chaud qui avait frappé et tué un gamin sur le bord d’une route. Il avait pris soin, consciemment ou non, de bien peser chaque mot pour que je comprenne bien toute la souffrance que cela avait infligé au grand-père et surtout à la famille de cet innocent gamin qui s’était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment…

Tout au long de mes 31 années de conduite automobile, j’ai fait un effort conscient de toujours protéger au meilleur de mes capacités la vie d’autrui, principalement si cette vie déambule à pied ou à vélo sur le bord d’une route. Et même si à chaque semaine je sacre après les cyclistes qui roulent en sens contraire de la circulation et qu’on aperçoit qu’à la dernière minute, je m’efforce de demeurer calme et de ne pas les transformer en trophé de chasse.

Étant un grand naïf de 47 ans, j’aime pensé que mes concitoyens et mes concitoyennes pensent et agissent comme moi. Après tout, ce n’est que le gros bon sens non ?

Et bien il semblerait que non. Je ne veux pas généraliser mais le gentil monsieur que j’ai eu le plaisir de croiser ce soir en aller faire ma ride de vélo avait ma sécurité enfoncée bien profondément dans le cul. Rien de moins !

Je venais de monter une bonne p’tite côte et je roulais à environ la moitié de ma vitesse de croisière normale quand à moins de 4 mètres de moi est apparu le derrière et ensuite le côté d’une superbe Ford Econoline. Euhhhh !!! La mention à deux reprises de la marque Ford est purement anecdotique. Ça adonne de même quoi… O_o

Je disais donc que le toton a décidé de reculer dans la rue sans regarder s’il y avait des véhicules qui circulaient à proximité. Pour ceux qui seraient portés à  dire que j’étais peu visible sur mon vélo, j’aimerais vous mentionner que je roule en vélo de montagne possédant des pneus de 29 pouces de diamètre. Quand je suis assis en position normale sur mon vélo, mes épaules se retrouvent au-dessus du toit de ma Kia Forte. Je dépasse donc les autos, quand il y en a autour de moi, d’au moins une tête. De plus, j’étais seul de ce côté de la rue. Il n’y avait aucune auto de stationnée en bordure du trottoir, ni d’auto devant ou derrière moi. J’étais seul et j’étais habillé avec un maillot de vélo de couleurs vives.

Il m’a donc royalement coupé et n’eut été des freins d’excellente qualité qui équipent mon vélo, j’aurais facilement percuté son camion. Disons que ça femme, qui l’accompagnait dans le camion, a fait le saut quand elle m’a vue aussi proche du camion ! J’ai alors fait un “What the fuck” gestuel à mon champion qui ne l’a pas pris. Il a alors baissé sa vitre pour me demandé c’était quoi mon problème. Je lui ai alors dit que ce serait une bonne idée de regarder de chaque côté du camion avant de reculer et c’est là que j’ai eu l’honneur d’un “Va donc chier calisse !!!” bien senti. On s’est bien sûr échangé quelques autres politesses avant de se laisser et j’ai même eu le droit à un superbe start de sa part !!! Heureusement qu’il partait de l’autre côté sinon il en aurait certainement profité pour me passer dessus…

L’an passé, je me suis acheté un vélo de route. J’ai roulé moins de 300 km avec car je n’ai pas aimé la sensation d’une auto qui passe tellement près de moi que j’aurais pu lui toucher. Je n’ai pas aimé rouler dans des rangs où l’entièreté de la route était libre et pourtant, on trouvait le moyen de me frôler plus souvent qu’autrement.

J’ai donc vendu mon vélo de route pour m’acheter un vélo de montagne. Demeurant à environ 3 km d’un réseau de sentiers où j’adore me promener, je me disais qu’il ne pourrait pas m’arriver grand chose. Après tout, je roule à peine 10 minutes dans les rues de ma ville pour me rendre aux sentiers. Mais malheureusement, dans une ville ou les policiers ne font aucun effort de conscientisation auprès des automobilistes et des cyclistes, j’imagine que c’est normale que de telles choses arrivent.

J’ai beau appeler au poste de police pour me plaindre, on me répond constamment qu’on ne peut rien faire, qu’il s’agit d’un cas isolé… Je trouve que j’en rencontre souvent des cas isolés moi !!! Bientôt, je vais avoir une caméra qui va rouler en permanence dans mon auto. J’ai bien l’intention de faire des “best of” hebdomadaires. Pis la prochaine fois que je vais me plaindre, c’est en personne au poste de police que je vais me présenter afin de leur remettre ma compilation sur DVD. Ça va peut-être faire bouger les choses. En tout cas, ça va être difficile de dire que c’est un cas isolé…

En attendant, j’espère que mon gros colon va réaliser que si j’avais été en auto au lieu d’à vélo, sa femme serait fort probablement aux soins intensifs avec, à tout le moins, de graves blessures aux jambes. Qui sait, il serait peut-être en train de l’identifier à la morgue en ce moment. Peut-être que ça le fera réfléchir un peu avant de sortir de reculons de sa cour la prochaine fois…

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